C’était un mois de janvier particulièrement froid et venteux, dans un hiver encore plus rigoureux qu’à l’ordinaire à Chicago. Le matin du 17, un camion de l’Illinois Department of Transportation s’arrêta à l’angle de Jackson Boulevard et de Lake Shore Drive. Deux hommes en descendirent, grosses bottes au pieds et casques de chantier sur le crâne. Leur mission du matin, en apparence très ordinaire : démonter des panneaux. Mais pour cette opération à priori anodine, une équipe de télévision et un photographe du Chicago Sun-Times ont fait le déplacement.
Il faut dire que le démontage de ces panneaux ce 17 janvier 1977 marque la disparition de la Route 66 à Chicago. Des bureaucrates fédéraux ont décidé que la Mother Road chère à Steinbeck n’avait plus lieu d’être, et qu’il fallait donner toute sa place au « progrès » incarné par l’Interstate 55, situé quelques kilomètres plus au sud. Cinquante et un ans après sa création, la Route 66 est décrétée persona non grata à Chicago.
Curieusement, loin d’oublier ce ruban de bitume, les habitants de l’Illinois assaillirent le Department of Transportation, demandant à ce que des répliques des célèbres panneaux soient éditées. Des milliers d’exemplaires seront vendus aux nostalgiques, à ceux qui avaient grandi le long de la Route, ou à ceux qui l’avaient construite. Les panneaux avaient beau ne plus être affichés dans les rues de Chicago, la Route 66 était toujours dans le cœur des gens.
VD
Voir aussi :